LAMENTATION SUR SION !

Les amoureux de la Colline avaient été, et restent, choqués par l’installation, il y a quelques années, de sanitaires publics en béton, non loin du Poirier du Sotré, au beau milieu de la lande, là où les promeneurs cherchent les petites étoiles.

Il y a deux ans, l’édification, dans la côte de Saxon-Sion, en infraction avec le PLU, d’une double maison cubique sur pilotis métalliques, avait soulevé une réprobation unanime.
Ce n’était qu’un début…

Depuis quelques semaines, le site de la colonne Barrès est le théatre de travaux ravageurs. Un ruban de grouine compactée entre des bordures de bois est en cours d’aménagement. Il déplie ses dents de scie depuis la route jusqu’au monument. Le maître d’ouvrage n’est autre que le Conseil Général de Meurthe-et-Moselle gestionnaire du lieu ! Adieu insectes, papillons, orchidées et autres espèces végétales et animales, qui faisaient de cette pelouse calcaire un biotope d’intérêt départemental, voire régional. La piste « Zorro », comme l’appelle un habitant de Vaudémont, leur règle leur compte, au pied même du panneau interdisant au promeneur toute cueillette et dérangement d’espèces !

L’actualité n’est pas plus heureuse à l’autre extrêmité de la Colline, sur le site même de Sion. Depuis plusieurs mois, un important chantier affecte l’aile nord-est de l’ancien couvent, dont les façades sont inscrites à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques. On y a évidé une partie du bâtiment, du sol au grenier, afin d’y installer le « Forum des paysages et de la biodiversité ». Qu’est-ce que le Forum des paysages et de la biodiversité ? Quelques fragments de l’étude préparatoire suffisent pour comprendre qu’il s’agit d’une enveloppe parfaitement vide. Ce serait, paraît-il, « une plate-forme de sensibilisation, de réflexion, de recherche et de communication ouverte au plus grand nombre » ou encore « un lieu de confrontation de pratiques, conduites d’expérimentation, conception d’actions, évaluation des politiques publiques ». Clou de l’aménagement : un amphithéatre où tous publics confondus, on pourra venir débattre des paysages et de la biodiversité de jour, comme de nuit. Les échelles des territoires concernées vont du site de Sion au monde entier. On ne saurait embrasser plus large ! L’étude toutefois ne renferme pas une ligne sur le contenu concret du programme, mais liste les différentes salles…, ainsi que le nombre d’armoires…et de corbeilles à papier ! Détail : le permis de construire, niant le PLU de Saxon-Sion, détruit une partie du dernier étage de la façade en y ouvrant une loggia.

Le hic de l’affaire, c’est que le couvent et la ferme (elle aussi concernée par le Forum et ses dépendances) sont un site Natura 2000 protégeant plusieurs sortes de chauves-souris, en particulier le Petit Rhinolophe. Alors qu’il a disparu des Pays-Bas, du Luxembourg, de l’ouest de l’Allemagne et du nord de la France, il trouve en Lorraine, notamment dans le Saintois, un havre très solide. La Colline et ses abords revêtent ainsi une importance européenne. Alors que l’atteinte à cette espèce est explicitement reconnue dans l’arrêté d’autorisation, on se demande comment un aval a pu être donné dans le cadre très strict du droit européen.
Etonnement encore à la lecture de l’étude, quand on apprend de ses auteurs que l’estimation de la rentabilité de cet « équipement-phare » est difficile à établir en l’absence d’un véritable programme ! Le bilan qui a toutefois été calculé laisse apparaître un déficit annuel de 477.000 euros par an !
Quant au coût du Forum, il s’élève à 4 millions d’euros. La sidération atteint son comble lorsqu’on découvre que cette somme sera prélevée sur la taxe départementale des espaces naturels sensibles. Or la loi est formelle : ladite taxe ne peut être utilisée que pour l’achat et la gestion des espaces naturels sensibles.
Oui, lamentation sur Sion !

Quand le Conseil Général de Meurthe-et Moselle comprendra-t-il que la Colline de Sion-Vaudémont, haut lieu de la Lorraine, doit être respectée dans sa beauté, dans sa naturalité, dans tous ses patrimoines ? Depuis qu’en 2000, il fit l’acquisition de l’ensemble immobilier de Sion, puis de la Ferme Vautrin, les études se sont succédé en vain, sauf à produire des montages improbables. Il fut même question, un temps, de remplacer l’appellation célèbre « la Colline Inspirée » par celle de « Colline du ressourcement ». Il s’agissait bien entendu du ressourcement physique (hôtel trois étoiles pour cadres stressés et jeunes seniors, chambres avec bains bouillonnants !).
Depuis 2000, le restaurant n’a cessé d’être en déficit. En 2013 encore, les comptes affichent un déficit de 89.000 euros.

Rassurez-vous Lorrains, l’étude déjà citée ayant dressé le constat que les espaces autour de la basilique sont « d’une extrême confusion », il est question d’y remédier en créant deux axes majeurs, un axe de la raison nord-sud et un axe de la foi et de la spiritualité est-ouest, avec une signalétique directionnelle bi-colore ! Depuis le Forum, vous pourrez relire la Colline autrement, dans un produit-découverte » complet disposant de clefs (livret et puces)…

Oui vraiment, lamentation sur Sion !

Par l’Association « Sauvegarde et Rayonnement de la Colline de Sion-Vaudémont », et l’Association pour le développement durable du Santois.

Le 19 mars 2014.

 

Article paru dans l’Est Républicain – 14 mars 2014

article ER mars 14

Environnement – Le chemin d’accès handicapés au monument Barrès a détruit une partie de l’espace classé Pelouse protégée et retournée

Le chemin d’accès handicapés au monument Barrès a détruit une partie de l’espace classé.

article vaudemont mars 14

La pelouse calcaire a été retournée sur près de 1.000 m². Photo Frédéric MERCENIER

Ici, il n’y avait qu’un pré herbu montant en pente douce depuis la route allant de Sion à Vaudémont, sur la butte témoin, jusqu’au monument Barrès. La Lanterne des morts offre le panorama le plus saisissant au cœur de la Lorraine, et en haut de la colline inspirée, lieu où comme chacun sait, souffle l’esprit. Et en tout cas le vent, sans cesse.

Le monument vient d’être restauré par le Département, pour un coût de 70.000 €. Sachant que le propriétaire, la commune de Vaudémont, lui a cédé le site par bail (pour 18 ans), n’ayant pas les moyens de cette restauration.

Cette rénovation fait l’unanimité, tant l’impression dominait encore, il y a un an, d’abandon, la Lanterne se délitant. On a même veillé à ce que les pigeons ne pénètrent plus à l’intérieur de la Lanterne en posant des grilles.

Mais il y a un an encore, la pelouse qui entoure complètement le site était intacte. Il s’agit d’une pelouse calcaire, donc une pelouse sèche, entièrement classée en espace naturel sensible et inscrite à ce titre à l’inventaire des sites.

Les handicapés ne pouvaient cependant pas gravir la pente jusqu’au monument. Normes oblige, il a fallu imaginer un accès. Depuis l’esplanade du monument, il vient tout de suite à l’esprit que le meilleur moyen de faire venir un chemin jusque-là serait de le faire partir non pas au droit du monument, où la pente est la plus forte depuis la route, mais de cent mètres plus loin. De manière à aller en ligne droite et en pente très douce jusqu’à la Lanterne.

Un parcours sinueux

Ce n’est pas le parti qui a été choisi. « En fait, les Bâtiments de France et la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du territoire) ont expliqué que cette solution brouillait l’image de l’ancienne enceinte de Vaudémont », explique Gauthier Brunner, le maire de Praye-sous-Vaudémont, conseiller général du canton, qui pilote tout sur le site de Sion, repris par le Département.

Une autre solution a donc été retenue. Elle consiste à aménager un parking pour un bus et deux places handicapés. Puis un chemin monte au prix de plusieurs épingles à cheveux jusqu’au monument. Les fauteuils handicapés doivent toutefois réaliser tout un tour supplémentaire pour venir au belvédère en contrebas de la Lanterne.

Problème, ce parcours sinueux a nécessité le décaissement de près de 1.000 m2 de pelouse sèche protégée, et les tas de terre des futurs talus encadrent désormais ironiquement les panneaux installés à mi-pente sur lesquels il est noté : « Respectons cet espace naturel sensible, ne le détruisons pas en grattant la terre ». D’autres prescriptions interdisent de cueillir la moindre fleur et de s’en prendre aux insectes. « C’est un milieu très fragile, sensible au piétinement. Et surtout, c’est une zone d’intérêt faunistique et floristique régionale », explique Françoise Hervé, coprésidente, avec Thibaut Leclerc, de l’association « Sauvegarde et rayonnement de la colline de Sion-Vaudémont », et qui a aussi une maison de campagne dans la commune.

Le château

Thibaut Leclerc, qui habite et travaille toute l’année à Vaudémont ne comprend donc pas : « Celui qui serait pris à arracher une motte de terre à la recherche d’étoiles risque une grosse amende. Comment a-t-on pu autoriser la construction de cet accès ? » Une chose est sûre, le site a perdu de sa magie. Avec le consentement de l’instance chargée de sa protection.

Guillaume MAZEAUD

 

Double protection La pelouse calcaire Barrès à Sion est protégée de deux manières

La pelouse calcaire Barrès à Sion est protégée de deux manières. Par le Département qui en a le bail, cédé par la commune, et la gestion au titre des espaces naturels sensibles, et par la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), au titre des sites classés par la loi de 1930. Le classement du site est intervenu dans les années 30 et a pour mission de pérenniser ce qu’il protège. Le projet de sentier pour handicapés a été présenté via un architecte mandaté par le Département à la Commission départementale de la Nature, des Paysages et des Sites qui l’a approuvé à l’unanimité, donc par les Bâtiments de France et la Dreal. Celle-ci a assorti son avis de quelques prescriptions : pas de bornes dans les épingles à cheveux du sentier et pas de béton ni de bitume sur le sentier. Le projet approuvé par les instances départementales et régionales a été ensuite soumis à Paris à l’avis ministériel, qui a donné son accord il y a tout juste un an, le 28 mars 2013. Pour l’administration préfectorale que nous avons contactée, « tout est bordé administrativement » et il n’y a pas d’erreur de procédure. Dont acte, mais c’est le résultat qui est discutable, laisse entendre Françoise Hervé, elle-même ancien inspectrice régionale des sites.

« Contradiction » Mme Simone Dormagen, de Vézelise, nous a adressé le double de la lettre qu’elle a envoyée au …

Mme Simone Dormagen, de Vézelise, nous a adressé le double de la lettre qu’elle a envoyée au président du conseil général Michel Dinet, aux bons soins du service Espaces naturels sensibles. Après avoir lu l’article de L’Est du 22 février présentant le sentier piétonnier du monument Barrès, elle poursuit : « Qu’un accès à la table d’orientation soit organisé pour des visiteurs à mobilité réduite et des poussettes d’enfants, pourquoi pas. Mais que les travaux liés à cette politique d’insertion soient qualifiés de « travaux de restauration écologique de la pelouse calcaire par l’aménagement d’un sentier », c’est abuser de la notion d’écologie et de celle de protection. Ce large sentier, qui serpente, n’a rien de discret. Il s’impose dans le paysage. En réalité, il détruit plusieurs centaines de m² de la pelouse en question, ce qui est contradictoire avec sa soi-disant protection. Par contre, saurez-vous dissuader les touristes de creuser le sol du site de Barrès en pseudo-terriers pour chercher des fossiles, les célèbres étoiles de Sion ? »

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